Pourquoi ce blog ?

A la recherche des publics

Comment faire venir les gens à la bibliothèque ? Cette question des professionnels et des bénévoles qui y travaillent revient en boucle  dans les formations, les réunions, les colloques, les revues.

Depuis 30 ans, pour attirer du public, on a misé sur :

  • la modernisation des bâtiments,
  • la diversification des supports,
  • l’élargissement des horaires,
  • l’adjonction de nouveaux services (soutien scolaire, alphabétisation).

En installant des canapés et en faisant venir un écrivain public, on a cherché à en faire un 3e lieu de vie, après la maison et le travail.

Depuis 40 ans, on accueille de façon systématique des scolaires. 

A quoi bon ? Quel souvenir en ont les enfants ? Leurs familles ?

Les visites régulières à la bibliothèque ont-elles participé à la construction d’un comportement de lecteur actif ?

L’accès à la culture a changé. D’un clic, pour autant qu’on ait internet, on  trouve de la musique, des films, des conférences, des documentaires, des textes. Les dévoreurs de livres lisent moins sur papier aujourd’hui.

A la bibliothèque, on continue à remplir les rayons. Mais les chiffres sont décourageants : en moyenne seul un français sur dix y est inscrit.

Et le volume des prêts est à la baisse. Dans les médiathèques, on se rassure avec la fréquentation en hausse des utilisateurs de passage. Mais que répondre à la bénévole d’une bibliothèque de village qui se plaint de n’avoir que deux visites dans son après-midi ?

A l'écoute des gens

Moi-même bibliothécaire (diplômée en 1980), chargé de l’accueil des scolaires (enfants puis apprentis) puis formatrice – stages et ateliers qui se déroulaient le plus souvent dans des bibliothèques j’ai observé les lieux, écouté le personnel et les usagers, observé les parents accompagnant leurs enfants sans jamais rien prendre ni regarder pour eux.

J’ai parallèlement interrogé autant que je pouvais des adultes – lecteurs ou non – sur les raisons de leur désaffection pour ces lieux-ressources pleins de potentiel. Les réflexions des uns et des autres, du public comme du personnel, ont nourri mon observation critique des bibliothèques.

Organisatrice de voyages-lecture depuis 28 ans, j’ai compris ce qui était moteur de changement, comme le confirment ces trois témoignages.

Rosine, senior avenante, souffrant d’un léger handicap et vivant dans une pension de famille :

« Avant 1, 2, 3 albums je ne lisais jamais.  Maintenant ça m’intéresse. Les bibliothécaires nous font de si belles lectures, on s’y croirait ! Du coup, j’ai pris ma carte de bibliothèque. Christelle a bien compris que nous avons beaucoup de mal à choisir. Elle nous prépare une boite avec des livres accessibles. En ce moment, je lis “Le Petit Prince”. Le début est facile. Après, ça se complique.  Alors je reviens en arrière. Que c’est beau !

Vous ne savez pas le mieux ? Grâce aux albums, avec mes voisins on peut parler d’autres choses que de nourriture ! »

Samira, mère de famille dans un quartier populaire, embarquée dans la lecture avec un groupe de femmes :

« Je pensais que je ne savais pas lire.  Avec les albums qu’on partage à la maison de quartier, j’ai découvert que je pouvais lire et comprendre. J’ai eu le déclic. Je suis allée à la bibliothèque chercher d’autres histoires. L’année suivante, on m’a proposé de rejoindre un comité de lecture adulte. Je n’ai pas tenu longtemps. Je n’y avais pas ma place. Dommage ! »

Catherine, bibliothécaire, prenant congé après une première journée de stage, me dit :

« ce soir, il faut que je retourne à la bib pour une soirée qu’on a organisée et où il n’y aura personne comme d’habitude. »

Le lendemain, elle arrive, radieuse :

« du jamais vu, on a dû repousser les murs. Les gens étaient très nombreux et passionnés ».

L’explication était simple : un écrivain restituait le collectage de leurs souvenirs et de leurs expériences. C’était leur soirée, pas un rendez-vous parachuté.

Conclusion :  le public vient à la bibliothèque quand, pour l’avoir ressenti au plus profond, il sait que ce lieu est pour lui, c’est à dire qu’il  peut y trouver de quoi nourrir sa vie et qu’il peut y avoir sa part. On ne cherche pas à le faire venir. On va vers lui, on le touche, il vient, il participe.

Des réponses centrées sur la lecture

Sur ce blog en prise avec la réalité (rien n’est inventé), ouvert aux contributions extérieures, on ne prétend pas donner des leçons mais proposer des changements simples déjà en place ici et là, qui ajoutés les uns aux autres pourraient faire des bibliothèques des tremplins de lecture pour tous, avec pour les animer des « bibliologues», personnes qui parlent (logos en grec) de livres et plus seulement des bibliothécaires, personnes qui gèrent un dépôt (thêkê en grec).

Véronique Marie Lombard