Pourquoi inviter un auteur si on ne peut pas emprunter ses livres ?

Pourquoi inviter un auteur si on ne peut pas emprunter ses livres ?

La bibliothèque où je m’approvisionne, dit cette grande lectrice, fait partie d’un large réseau. Chaque année, au printemps, sont organisées dans différents établissements intéressés des rencontres avec des auteurs. On pourrait se réjouir … sauf qu’on n’a pas accès à leurs livres.

Les bibliothécaires sont-elles prévenues si tard qu’elles n’ont pas le temps de passer commande ? N’ayant qu’un exemplaire des différents titres, les gardent-elles pour elles-mêmes, les relâchant au compte-goutte sur une table au milieu de quelques tracts luxueux annonçant les soirées ?

Un jour, surprise ! Il y avait trois exemplaires du même titre. Des achats complémentaires ? Non, des livres prêtés par des bibliothèques du réseau. On déshabille Pierre pour habiller Paul alors que les lecteurs des communes voisines sont aussi potentiellement demandeurs.

Pourquoi investir autant dans la com, affiches, tracts et mails, si nous lecteurs ne pouvons profiter pleinement de ces soirées car nous n’avons pas pu lire les livres de l’invité ?

Focus

Faire en sorte que la rencontre avec un auteur crée une onde maximale de lectures avant et après la date fixée.

Scénario alternatif

Chaque fin de printemps, dit ce monsieur, on se retrouve très nombreux et motivés dans notre bibliothèque de taille moyenne, en partie réaménagée pour la soirée rituelle. On va enfin rencontrer en chair et en os celui ou celle qui nous a nourris depuis six mois. Selon les années : un auteur, un traducteur ou une directrice de collection.

La bibliothécaire en charge du secteur adulte a constitué avec l’invité.e une sélection d’ouvrages qu’elle a acquis en plusieurs exemplaires de sorte qu’il y a toujours des titres disponibles dans les « boîtes à livres » de l’opération. Pour nous stimuler, elle propose une visualisation de nos ressentis dont la forme varie chaque année. J’avoue m’être laissé prendre au jeu des cibles, inspiré du jeu des fléchettes. Chaque livre correspondait à une cible avec son visuel au centre. A nous lecteurs, de placer une gommette noire dans les anneaux selon son appréciation.

La soirée est co-animée par une bibliothécaire et des lectrices membres du comité de lecture des nouveautés, dont m’épatent la pertinence d’analyse autant que l’inventivité culinaire pour le buffet qui clôt la rencontre.

La sélection reste mise en avant jusqu’à la rentrée de septembre. Ça nous permet de lire les titres qu’on n’a pas encore lus – manque de temps, pas de disponibilité, pas d’attirance – ou qu’on a abandonnés mais que les échanges nous ont donné envie de reprendre.

Au global, constate la bibliothécaire, le nombre de prêts est vertigineux, comparé à d’autres livres qui ont une circulation modeste. L’impact en termes de lectures et de liens créés justifie sans peine, auprès des élus, les dépenses engagées pour les acquisitions en plusieurs exemplaires.

Action 

  • Préparer très en amont la rencontre (un an à l’avance)
  • Etablir la liste des livres avec l’invité et son éditeur
  • Acheter les livres en suffisamment d’exemplaires, si besoin sur une ligne budgétaire propre à cette animation
  • Mettre en évidence la sélection à la bibliothèque dans un espace dédié et sur le site, avec visuels de couverture et au moins une phrase de présentation
  • Encourager le turn-over en limitant la durée de prêt
  • Stimuler la lecture par une visualisation originale du nombre de prêts et des appréciations
  • Associer des lecteurs et lectrices à l’organisation de la soirée

Mots clés : animation – lecture – liens

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